Florent Peterschmitt

Namasté Népal - #2

Direction le parc national de Chitwan, dans le Terraï. Long voyage, bestioles et bactéries…

J’en profite pour vous informer que la barre de droite peut être masquée en cliquant sur la séparation. Ça fait plus de place pour les photos.

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Kathmandu vers Sauraha - 13 Avril

Réveil à 4h15 du matin, ça pique… il fait tout noir, les chiens n’aboient plus et tout est extrèmement calme. Toilette, chaussures, sac à dos et zou. J’ai cinquante minutes de marche devant moi, à travers la ville, avec pour seuls compagnons le GPS et la lampe torche. Quelle grande idée j’ai eu de l’emporter…

Le portail de l’hôtel était fermé avec un cadenas. J’avais prévenu le staff, ils m’ont dit de les réveiller. Je toque à la porte « STAFF ». Ça ronfle, et fort, mais ça ne bouge pas. Plan B !

Vu qu’il n’y a personne dans les rues et que tout le monde ronfle manifestement, je passe par dessus la grille, en ayant préalablement accroché les sacs sur les piques de la grilles afin de pouvoir passer sans risquer de riper, et de finir embroché.

Pouarf l’aterrissage était un peu lourd… c’était haut.

La traversée de la mort toute noire qui fait peur

Je disais donc, cinquante minutes à marcher dans le noir quasi complet, avec de temps en temps un pauvre lampadaire, mais surtout, oh la la, surtout, des chiens qui se réveillent tout d’un coup et me gueulent dessus ! Il y en a même un qui m’a suivi sur une centaine de metres en grondant derrière.

Je lui répondais à coup de pinceau de lumière bien éclatant dans la truffe. 300 lumens, je crois que même les chicots on vu le jour ! Quand le faisseau lui passait devant les yeux, il marquait un coup d’arrêt. Il a fini par lâcher l’affaire mais pas sans hurler à la mort et réveiller tous ces potes autour >__< Heureusement, eux, ils n’ont pas eu le courage de bouger.

Sur le chemin quelques dames marchent, en marmonant des choses. Plus ça allait plus je me posais des questions au sujet de la nature de ces incantations.

Un camion passe.

Je passe en plein milieu d’un petit marché. La faute au GPS dont les cartes ne sont plus exactement à jour. Tout le monde est occupé à marchander des patates, légumes, sacs de riz, épices et bonbonnes d’eau.

Un taxi passe.

Et bizarrement il n’a pas ralenti pour me proposer une course. Le temps passe, je suis à mi chemin et ces cabos me mettent les nerfs à vif.

Un taxi et un bus passent.

Quelques personnes marchent dans les rues, des vélos aussi.

Un camion, un bus, un scout et encore un camion passent.

Ah, ça commence à se réveiller. Il est environ 5h15, la nuit laisse place petit à petit à un pâle jour encore fatigué de la poussière de la veille.

Un camion un bus un taxi un bus un camion un vélo un taxi un bus.

La ville s’agite, le soleil est levé, et la poussière s’affaire, il est 5h30. Je suis arrivé à l’arrêt de bus indiqué par agenceman.

Des bus passent. Bizarrement ils ont tous un bandeau « Tourists only » sur le pare-brise. Ça m’inquiète cette histoire. Où qu’y sont les bus ? Ils déboulent tous d’une rue plus haut, après un angle. Je demande l’avis d’un bonhomme, qui me fait effectivement signe de remonter.

Et Ô magie, des bus, à perte de vue. « Tourists Only », « Deluxe », « Free WiFi » et tout et tout. Mais pas un seul n’a de panneau indiquant la destination, pour ça faut demander.

Vous voyez Pong ? Ben c’est le même principe, sauf que là, c’est avec les chauffeurs de bus, et il y en a une cinquantaine. Au bout d’un moment ya un vieux bonhomme avec une caisse remplie de gâteries sucrées… alala… j’ai envie… mais ça ne serait pas raisonnable, surtout avec le régime alimentaire relativement sain ^^ Je disais, un bonhomme haut comme trois pomme, qui me hurle, brouhaha oblige, « need help ?? ».

« Heu, yes, i go to Chitwan, do you know where is this bus? » lui dis-je, avec un superbe accent… Français mais en faisant des efforts, en lui montrant le ticket.

« Oh, this way, come. » Bon bah on verra bien. Finalement il s’occupe de demander aux chauffeurs et on trouve le bon.

« Friend, I helped you so… maybe you can help me » qu’il me dit en me montrant avec les mains le contenu de sa caisse. Va donc pour une bouteille d’eau, je crève la soif depuis que je suis debout.

« One hundred » WHHAAAAAAT, non non, pas moyen, une bouteille c’est maximum 30 roupilles, et la plupart du temps c’est seulement 20. Je lui propose 30, il refuse, propose 70, je maintiens 30, il refuse toujours et propose 60, je monte dans le bus sans bouteille d’eau. Et j’ai bien fais car le ticket comprend deux bouteilles, que le fiston du chauffeur distribuera un peu plus tard aux passagers.

8h dans le bus

Quelques derniers passagers montent en hâte.

Les genoux touchent le siège d’en face, ça va être fantastique. On démarre à 5h45, le départ était prévu à 5h40. A priori c’est bien huilé. Dans le guide j’ai lu que les bus tombent en panne, et que c’est quasi inévitable. On se rassure en disant que la figurine de bouddha posée en plein milieu du tableau de bord de la cabine du chauffeur (qui dispose de quelques places pour absorber quelques imprévus) nous portera bonheur.

Le bus s’extirpe de sa place, difficilement vu le traffic déjà complètement encombré. Ça vrombit, ça tremble, ça fait un vieux bruit de pièce usée, ça fait pouet pouet et d’autres sons impossibles à écrire, et on avaaaaance…

La route pour sortir de Kathmandu est infernale. Une simple voie en terre, avec des trous partout et des habitations autour qui prennent tellement la poussière qu’on en vient à se demander comment font-ils pour rester ici. Et d’ailleurs, la poussière rentre dans le bus. La veille je me suis procuré un de ces masque à mettre devant le pif et la bouche. Ça empêchera le plus gros.

Encore une fois, on voit de tout. Impossible de photographier tellement le bus bouge, au mieux la photo est floue, au pire l’objectif se prend un coup. Des gens brûlent des câbles électriques à même le sol, d’autres leurs déchets.

Un bus arrive en sens inverse, il n’a plus de pare-brise. C’est rassurant !

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Ça monte ça monte… péniblement, mais sûrement.

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À défaut du bus sans pare-brise, un magnifique camion défoncé ! La photo est floue, c’est pas facile depuis le bus quand on voit tout au dernier moment.

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7h20, on est tout juste sorti de Kathmandu, de l’autre côté de la vallée. Premier arrêt pour une pause toilette(s) et miam.

Le trajet sera long et pénible, avec quelques travaux bloquant la circulation pendant dix à quinze minutes à chaque fois.

Voici quelques photos, prises sur le trajet vers Pokhara depuis Chitwan cependant.

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Vers 12h on fera une pause déjeuner. Sans moi, les bosses du trajet m’ont retourné l’estomac.

Dans le bus, un groupe d’amis parlent en mélangant Anglais et Népali. Ils jouent à ce genre de jeu où on pose des questions stupides et parfois dérangeantes et si on ne souhaite pas répondre, on a un gage. En l’occurrence, le gage était de devoir partager ses biscuits.

Sauraha

Ou presque. Le bus s’arrête et annonce qu’il faut changer. Ah ben, c’est que j’en savais rien, ça fait tout bizarre. Je demande quel bus je dois prendre mais là, personne ou presque ne parle anglais, et à ce moment là je n’avais aucune idée du nom exact de l’endroit où je devais me rendre. Ce sont justement les étudiants de tout à l’heure qui m’ont aidé. Il y a toujours quelqu’un pour t’aider, c’est fantastique.

Je récupère mon sac à dos et… et attends, on doit entrer là dedans ? Ce micro bus déjà plein à craquer ? Mais heu ça va pas être possible avec ce sac !

Bon en fait si. Tout le monde écrase tout le monde mais tout va bien.

À côté de moi, un autre touriste a l’air tout aussi paumé, sauf que lui n’a même pas de téléphone pour savoir où il met les pieds. Soit il est plus courageux, soit il a perdu son matériel en route. Je ne lui ai pas demandé car j’étais très occupé à zieuter la route à la recherche d’un panneau indiquant l’hôtel où je suis attendu.

Au fur et à mesure que le bus avance, encore une fois sur une route complètement défoncée, et là, bonus, boueuse, on voit de grand panneaux avec des noms d’hôtels.

Du coin de l’œil j’aperçois « Hotel West Wood », ma destination. Je demande au chauffeur de s’arrêter… trois fois et en hurlant car il a l’air un peu dur de la feuille, souhaite bonne chance au collègue touriste, sors du bus… j’ai dis sors du bus… nan mais les gens, je sais que je suis enquiquinant, mais va falloir me laisser passer sinon on va rester planté là pendant des heures.

Le groupe d’étudiants m’adressent un « Good bye » tous en cœur, je leur répond la même chose main levée et grand sourire de couillon heureux d’être au bon endroit.

Piouh ça y est. Il fait chaud, archi-chaud, et la seule chose que j’ai vu pour le moment ce sont des champs à perte de vue et une forêt au loin. Peu de temps après je comprendrai qu’il n’y a rien à faire, car c’est une zone touristique et qu’en dehors des activités programmées par l’hôtel, on est coincé. Je suis parti seul et à l’arrache pour précisément faire ce que je voulais et me voilà coincé dans un hôtel un peu trop chic, avec un confort dont j’aurais pu me passer et en plus dans un coin sans intérêt.

C’est tellement prémâché qu’on vient te chercher pour manger. Bon de toute façon, il fait faim. Une demi journée de bus sans manger sous peine de tout renvoyer, ça creuse.

Repas typique Népalais. Soupe de légumes avec un fromage local, un « Népali set » composé de riz et quelques coupelles de légumes cuits dans diverses épices, une salade de fruit et fromage blanc. C’était bien trop peu épicé pour être un plat typique. Des deux jours à Kathmandu à chaque repas, nez qui coule et yeux qui pleurent des larmes, et là rien. Coin à touriste. Horreur.

Les autres touristes présents font la gueule et ne relèvent même pas la tête pour dire bonjour quand on les croise. Ambiance.

Profitons de ce vide pour se reposer, envoyer quelques nouvelles sur Whatsapp et tenter d’extraire quelques photos de l’APN via le Wifi.

Au soir, on viendra me dire que la « danse culturelle », programmée, est annulée à cause du nouvel an, et qu’on fera ça demain. Soit. Mangeons alors !

Un des serveur viendra discuter un peu. Anjan, 21 ans, désirant se rendre en europe pour y vivre, sans savoir quoi y faire en pensant que la vie est facile. Je lui ai proposé de discuter de ça avec le patron d’un restaurateur à Lyon, Népalais, via Facebook. De temps en temps, les prestations ça a du bon :)

En gagnant 70$ par mois, rien que le billet d’avion va lui bouffer d’éventuelles économies, et après il faudra bien avoir un projet, sinon c’est retour à l’envoyeur.

Je lui demande s’il est possible de se balader dans le quartier la nuit, il me répond qu’avec les tigres présents dans les rues peu fréquentées c’est très dangereux. Et que de toute façon on ne me laisserait pas sortir à cause de ça.

Sauraha - 14 Avril

Programme du jour :

  • Canoé sur la rivière, crocodiles, oiseaux.
  • Marche dans la jungle, m’a-t-on dit qu’il serait possible de voir des tigres et rinhocéroces. Me dira-t-on plus tard qu’il est nécessaire de se terrer trois jours dans une cabane au fond de la jungle pour avoir une chance d’en voir. Arnaque.
  • Visite du centre d’élevage d’éléphants.
  • La douche des éléphants. Qui n’aura pas lieu car les éléphants ont servi pendant le nouvel an. Ça m’était sorti de la tête ça, le nouvel an !
  • Safari dans la jungle, en jeep.

Mais d’abord, surprise, le gardien rentre dans la chambre pendant que tu es à moitié à poil pour que tu te ramène prendre ton petit déjeuner !

Petit dej à base de curry de pommes de terre, œufs, fruits.

Le guide vient me chercher et on part en jeep rejoindre la verte. Il est tôt, le soleil est encore assez bas et masqué par une sorte de brume épaisse. On traverse des champs de maïs, des rizières. Sur le bord de la route, quelques maisons en bois se réveillent et les fours traditionnels en terre cuite chauffent. Vent frais et humide, c’est vraiment, vraiment très agréable.

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La seule photo potable que j’ai pu prendre sur le trajet, malheureusement.

La balade en canoé se fera avec d’autres touristes, sur une embarcation en bois poussée par un perchiste, typique mais néanmoins modernisée : les joints sont fait au goudron. Malheureusement les touristes seront bruillants et feront fuir les oiseaux.

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Tranquilles les crocodiles. Ils ne bougeront pas d’un millimètre.

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La marche dans la jungle durera à peine deux heures et à part de la végétation, point de tigres ni de rhinos. Et en plus, j’ai mal au ventre. Ah non… je suis pas en train de tomber malade hein ?!

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Balèses ces pivers.

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Cette plante parasite s’enroule autour des arbres, toujours dans le même sens, et fini par étouffer son partenaire.

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C’est le moment de dire bonjour aux éléphants ! On sort de la jungle pour rejoindre le camps d’élevage. Et… mais qu’est-ce que c’est que ce bricolage ?

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Bon, malheureusement, c’est bien ce que j’imaginais : les éléphants sont enchaînés et font du sur place, balançant leur trompe d’avant en arrière pour accompagner leur pattes mimant une marche.

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Seuls les éléphanteaux sont libres de se balader dans le parc. N’étants pas assez forts pour entraîner des dommages aux installations et au personnel et étants dépendants de leur mère, il n’y a aucun intérêt à les maintenir captifs.

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Les femelles sont tenues captives afin de permettre aux mâles de la jungle de venir s’accoupler avec elles. Le succès n’est pas forcément au rendez-vous en terme de taux de fécondation, le stress induit par la captivité et la fatigue du travail des éléphants afin de transporter leur propre nourriture « en seraient probablement la cause », expliquent les panneaux de présentation du centre.

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Un groupe d’étudiants (collège / lycée) voudra que je prenne quelques photos avec eux. Une attraction à moi tout seul ! L’appareil photo autour du coup joue pour beaucoup aussi, j’ai cru comprendre que pas mal de monde pense que je suis photographe. Pwahaha s’ils savaient le nombre de photos ratées !

Évidemment j’accepte, ça leur fait plaisir. Je leur ai demandé d’où ils arrivaient et ils étaient d’une petite ville dans le Terraï, à quelques dizaines de kilomètres d’ici. Petit voyage scolaire.

Mon guide est pressé par le fameux programme, j’abandonne mes étudiants sans même penser à les prendre en photo…

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Sur le chemin à pied depuis la rivière passant à proximité du camps, des plantes dégagent une odeur particulière. « Marijuana » me dit le guide. D’après lui, beaucoup en profitent et en abusent. Les plants ne sont pas contrôlés ni détruits, ça pousse là et puis c’est tout.

Finalement, le safari en jeep sera lui aussi annulé. En fait, ça n’aurait rien changé car je suis tombé malade pour le restant de la journée : diarrhée violente et presque dangereuse vu la quantité d’eau perdue. Si ça vous arrive, demandez urgemment des sels de réhidratation (rehydratation salts) et des bouteilles d’eau. Mélangez les trois quarts d’un sachet pour 1L d’eau et tâchez de boire plus que ce que vous perdez.

Ça a continué toute la nuit, vomissements et compagnie… bref, pas cool. Fort heureusement le voyage vers Pokhara se sera bien passé et tout sera rentré dans l’ordre. Violent mais court, heureusement.

Au final, je pense que si vous voulez découvrir le Terraï il vaut mieux prendre son temps. Les animaux sauvages demandent de la patience et ce n’est pas en deux heures de marche dans la jungle, ou alors avec énormément de chance, qu’on peut espérer voir quelque chose. Prenez garde aux arnaques dans les agences donc.

Clairement, ce n’étaient pas les meilleurs jours du voyage…

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Édition le 23/05/2017 afin d’adoucir un peu l’ambiance :) Merci TiTi pour la relecture ^^